La crise au sein de l’Union Nationale des Syndicats Autonomes du Sénégal (UNSAS) : symptôme de fin de cycle

Par Dr. Souleymane Gomis (1)

1- L’UNSAS en bref…

 
Mademba SOCK est un militant du SUTELEC qui s’est battu pendant longtemps sur le plan syndical durant le règne du président Abdou DIOUF, en particulier. Il avait réussi, avec la mobilisation du SUTELEC, appuyé par l’UNSAS à plonger tout le Sénégal pendant deux jours dans le noir. Nous sommes en 1995 dans la phase active de la mise en œuvre des plans d’ajustement structurel ; dans le creux des plans d’urgence de la Banque mondiale. Le président Diouf, à cette époque, avait été contraint de négocier, envoyant un cortège escorté par une flèche, pour aller chercher Sock et ses camarades, entré en clandestinité, les conduire à la présidence et convenir à pied levé d’un accord. A la suite de ces négociations, Sock acquit une certaine popularité aux yeux de l’opinion nationale au point de passer pour un héros (remontée contre les politiques d’austérité et l’arrogance du régime de l’époque) et une notoriété reconnue des autorités politiques et syndicales.

C’est le lieu de rappeler que ces luttes et ces avancées démocratiques portées par l’UNSAS étaient le fruit des initiatives communes des cinq syndicats que sont l’Union Démocratique des Enseignants (UDEN), le Syndicat Autonome de l’Enseignement Supérieur (SAES), le Syndicat National des Travailleurs des Postes et des Télécommunications (SNTPT), le Syndicat unique des travailleurs de l’électricité (SUTELEC) et enfin le Syndicat Unique des Travailleurs de la santé et de l’Action Sociale (SUTSAS). Cinq syndicats qui décidèrent en 1990 de mettre sur pied l’union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (l’UNSAS), desserrant ainsi l’étau de la participation responsable dans lequel la CNTS, le PS et le gouvernent avaient enfermé le mouvement social (2) .

Les conditions de la naissance de l’UNSAS obéissent à un processus ou une dynamique complexe qui s’est étalé sur une assez longue période allant de 1982 à 1990 et articulant réflexions et actions. Pour preuve, à la suite du succès de la grève de 1990, « l’UNSAS a fait la démonstration devant la délégation gouvernementale qu’il était économiquement possible de baisser le taux moyen d’imposition des salaires de 33% à 20% et les prix de 30% à moduler selon les produits concernés (riz, huile, sucre, eau, électricité , médicaments et matériaux de construction : ciment et fer) » (3) . Les luttes de l UNSAS ont impacté sur les luttes des syndicats autonomes et vice-versa. Les faiblesses ont tourné autour des questions de principe et de valeurs. Les initiateurs ont eu tort sans doute de minimiser la question de la limitation des mandats et des incompatibilités d’organisation (par exemple l’articulation avec la FEDER), mais aussi de minimiser des procédures de génération et de l utilisation des moyens financiers et matériels.

En effet, c’est sur les marges de l’UNSAS, que fut créée la FEDER qui a ouvert des horizons nouveaux au syndicalisme enseignant, de 1992 à 1995, avant de s’étioler et de devenir non opérationnelle, pour des raisons bureaucratiques et de principes. Dès lors, l’UNSAS est apparue comme la seule force unitaire pour ses composantes du mouvement enseignant et ceci ouvrit la voie à Mademba Sock, désigné par défaut, comme leader du jeu syndical opposé à la CNTS.

L’UNSAS, seule alternative à la participation responsable, va progressivement se massifier grâce ou à cause de l’adhésion importante de plusieurs syndicats autonomes, intellectuels et ouvriers. Toutefois, cette dynamique n’était pas sans contradictions, puisque le SAES, l’UDEN et le SNTPT membres fondateurs et contributeurs importants de la centrale n’ont pas cessé d’exiger la tenue d’un congrès qui se tiendra finalement en juillet 2001. Lors de ce congrès, le SAES rappellera les textes (4) et proposera que le mandat du secrétaire général de l’UNSAS soit limité à deux avec une durée bien définie.

Une proposition qui sera vite rejetée par les syndicats autonomes ouvriers majoritairement présents à ce congrès. Bien des militants ouvriers voyaient en Mademba Sock une sorte de messie. Une illusion qui finira par faire croire au camarade Sock qu’il disposait des qualités exceptionnelles et qui le conduira finalement à mettre sur pied un mouvement politique et à se présenter contre le président Abdou Diouf à la présidentielle de 2000. Et bien avant cela, un autre facteur justificatif de la farouche opposition de Mademba Sock au président Abdou Diouf était le fait que Maguette Diouf frère cadet de l’ex-président et ministre de l’énergie de l’époque l’avait accusé avec ses camarades d’être les saboteurs de la centrale du cap de biche.

Ainsi Mademba Sock sera renvoyé de la senelec avec Abdoulaye Sène et d’autres. Cependant, ils resteront militants du SUTELEC et continueront à impulser les luttes dans le secteur. Une situation qui autorise ainsi Mademba à rester pour ne pas dire à se pérenniser ou à se fossiliser en régnant sans partage et en solo à la tête de l’UNSAS depuis plus d’une vingtaine d’années sans songer à organiser un congrès hormis celui du début des années 2000.

L’homme deviendra par la suite président du conseil d’administration (PCA) de l’IPRES par un jeu de rotation centrale/centrale et centrale/patronat cumulativement avec celui de PCA de l’Agence Sénégalaise de l’Electrification Rurale (ASER) durant le règne des Wade et représentera l’UNSAS au conseil économique et social ; et aux sessions annuelles de l’OIT à Génève. De l’avis de certains militants du SAES et il faut le lui reconnaître, le camarade Sock a toujours entretenu de bons rapports avec les responsables du SAES en jouant quelquefois le rôle de médiateur en période de conflit entre le gouvernement et le SAES.

Le SAES cotisant régulièrement une somme forfaitaire de 150.000f par mois (jusqu’à la fin du mandat du camarade SG Ndiacé Diop, en 2010), il ne pouvait encourir de reproche d’affaiblir la Centrale, malgré la grogne dans ses rangs contre les méthodes dirigistes du Camarade Sock. Par ailleurs, la contribution des universitaires était également appréciable au plan stratégique : le camarade Malick Ndiaye a été pendant une dizaine d’années le représentant du SAES à l’UNSAS et y abattait un travail consistant. Cependant, depuis qu’il est allé rejoindre le Président Abdou Diouf à la présidence, à la fin des années 90, notre syndicat a brillé par l’inactivisme à l’intérieur de la centrale syndicale (UNSAS).

C’est ainsi que l’UDEN, principal syndicat moteur sur le plan financier de l’UNSAS s’est retrouvé seul face à un groupe d’individus luttant farouchement pour la sauvegarde de ses intérêts scripto-personnels autour d’un leader devenu hydrocéphale : monstre se nourrissant de « fœtus syndicaux » et jouant le rôle d’un maître de ballet, par moment, grotesque ! L’heure a désormais sonné pour les esprits éclairés de s’interroger sur la nature de l’UNSAS, son fonctionnement et les enjeux qu’il ne faut plus ignorer. Il n’est plus souhaitable, en effet, que le SAES continue de cautionner d’entretenir par sa caution morale et intellectuelle, par ses moyens matériels, financiers des pratiques antidémocratiques, opportunistes et obscures, à l’opposé des principes fondateurs de l’autonomie et à contre courant de l’histoire.

2- La gestion antidémocratique et obscure de l’UNSAS

Il est aujourd’hui urgent pour toutes et tous les militant(e)s du SAES de se poser un certain nombre de questions. Par exemple, devons-nous favoriser le mutisme face au mode de gouvernance dirigiste et liberticide de l’UNSAS ? Comment expliquer le fait qu’un individu soit considéré comme étant le seul capable de diriger la centrale pendant plus de vingt ans alors que celle-ci regorge de ressources humaines et de compétences aux qualités avérées ? Qu’est-ce qui justifie l’inaction des responsables de syndicats comme le SAES, l’UDEN, le SNTPT et autres ? Serait-elle une obéissance « légitime », « forcée » ou « opportuniste » pour paraphraser le sociologue allemand Max Weber ?

Comment sont présentés les bilans financiers, moraux et autres projets de l’UNSAS aux différents syndicats membres et aux militants de base que nous sommes si l’on sait que depuis plus de 10 ans aucun congrès ne s’est tenu? Quelles sont les règles qui fondent ou guident véritablement le fonctionnement de l’UNSAS ? En somme, qu’est-ce qui explique le fait que Mademba Sock s’accroche becs et ongles à la tête de la centrale ? Comment justifier le mutisme des responsables des autres syndicats membres de l’organisation ?

Tenter de répondre à ces questions reviendrait nécessairement à analyser les profils et motivations de ceux et celles qui opèrent dans cette structure. C’est aussi analyser le jeu des acteurs autour des différents enjeux qui caractérisent le champ syndical et notamment l’espace UNSAS. C’est enfin, s’interroger sur notre propre engagement au sein de l’UNSAS. Il s’agit véritablement de questionner les facteurs explicatifs de la volonté de s’éterniser du Secrétaire Général à la tête de la structure ; de dévoiler les non-dits, de mettre à nu ce qui est caché derrière le jeu des acteurs et d’en analyser les effets. Vous comprenez alors chers camarades combien cette tâche nécessite la mobilisation de beaucoup d’informations de qualité sur une longue période auprès de diverses personnes ressources.

Les universitaires, et particulièrement les syndicalistes, sont toujours prompts à s’en prendre aux leaders politiques ou politiciens qui violent les règles élémentaires de la démocratie. Ils les dénoncent, les fustigent sur toutes les chaînes de télévisions, radios et presses écrites quand ces derniers récusent l’alternance au poste de secrétariat général. Or, dans le cas présent de l’UNSAS, nous semblons, par notre inaction, jouer la carte de la complicité favorisant ainsi les pratiques obscures en lieu et place de la transparence ; cautionnant le despotisme au détriment de la démocratie, la médiocrité au détriment du mérite et de la compétence.

La pérennisation du camarade Mademba Sock à la tête de l’UNSAS a fini par le transformer en un monstre syndical se permettant de traiter les uns et les autres de « petit fœtus qui veut sortir du placenta syndical» concept sémantiquement très chargé de vulgarité et d’outrage ! Parce que tout simplement M. Sock se croit à l’autre bout du processus de maturation syndicale ou biologique, que sais-je. Il est évident que Mademba Sock n’a jamais cru aux valeurs démocratiques et cela est bien connu de tous les camarades avertis qui l’ont côtoyé. Il a d’ailleurs osé affirmer lors du 10e congrès du SAES en mai 2010 à Saly dans son discours inconsistant : « qu’il ne faut pas changer l’équipe qui gagne ». Autrement dit qu’il fallait maintenir le bureau sortant malgré la fin des deux mandats autorisés par nos textes.

La réplique a été immédiate et nette, car aussitôt dit, aussitôt rabroué et hué par les délégués du SAES, militants imbus de justice, d’éthiques et de valeurs démocratiques. Sur le coup, il avait même été suggéré au SAES de suspendre sa participation à l’UNSAS en attendant d’y voir clair. Et malheureusement nous n’avons pas été suivi dans cette position qualifiée à l’époque de radicale par la plupart des congressistes. Aujourd’hui l’histoire nous a donné raison sur les agitations néfastes et antidémocratiques du camarade Sock qui se trouve désormais vomi de partout y compris dans son propre syndicat le SUTELEC (cf. dernier congrès SUTELEC mars et avril 2013).

3- Les principaux actes à poser ou recommandations

1- Nous pensons qu’il est temps que le SAES s’enquiert de la recommandation de son dernier congrès (mai 2010) qui a exigé par écrit la tenue sans délai et sans condition d’un congrès de l’UNSAS ; car, estime le dernier congrès du SAES, Mademba Sock n’est plus crédible pour diriger la centrale à laquelle est affilié le syndicat autonome de l’enseignement supérieur (SAES) trempé par plusieurs décennies de luttes démocratiques.
Cet homme et ses acolytes se servent plutôt de la structure comme ascenseur social en développant des pratiques obscures dépourvues de toute moralité. Le camarade Sock est gravement trahi par son propos quand il pense et montre que sa position sociale actuelle le prédispose à mépriser ses camarades de lutte d’hier. Il revient désormais à chacun d’entre nous et ensemble d’évaluer les risques qu’il génère pour notre crédit, la portée de ses divers positionnements opportunistes et le caractère outrancier de son propos et de ses attaques contre ses propres camarades, dirigeants, comme lui, dans la structure centrale de l’UNSAS.

2- Nous pensons également qu’il se trame un complot qui ne dit pas son nom contre les travailleuses et travailleurs à travers ces individus qui prétendent nous représenter dans des instances sociopolitiques de notre société. Donc il faut non seulement le dénoncer mais le faire avorter à l’état embryonnaire. Nous devons éviter de recréer des monstres et reconstruire de nouveaux cadres plus démocratiques et efficaces.

3- Et, enfin, nous pensons aussi qu’il faut cultiver un nouvel esprit syndical plus entreprenant, innovant et combatif par opposition à cet autre esprit opportuniste, parasitaire et sangsue qui gangrène notre centrale syndicale et corrompt nos valeurs. Laquelle centrale coalisée avec d’autres a sciemment choisi de remercier par un rassemblement le 1er Mai, le Président de la République de les avoir cooptés au Conseil Economique Social et Environnemental (CESE). Quel pied de nez aux pauvres masses laborieuses qui ont cru en ces dirigeants.

En conclusion, je dirai que c’est un devoir de salut public en démocratie que de s’opposer et de démasquer des usurpateurs et autres faussaires infiltrés dans le combat pour l’émancipation des masses laborieuses. Pendant que bat le tambour sur la traque des biens mal acquis, on oublie que sont terrés quelque part d’anciens collaborateurs actifs du wadisme naguère en mission commandée dans les organisations sociales, syndicales et politiques. Il apparaît de jour en jour que Mademba fait partie de ces usurpateurs.

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(1) – Dr. Souleymane GOMIS est enseignant-chercheur au département de sociologie de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines(FLSH) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Il est aussi ancien secrétaire général du SAES – Section Lettres, Cesti, Ebad et ancien chef de département de sociologie.

(2) – Voir le document du congrès des 28 et 29 juillet 2001, l’UNSAS en bref : repères historiques, p.7

(3) – Déclaration de l’UNSAS, décembre 1990, p.2

(4) – Cf. article 13 des statuts de l’UNSAS qui stipulent que « Le congrès se réunit une fois tous les trois (3) ans en session ordinaire sur convocation du C.N. ou sur demande écrite des 2/3 des membres du C.N. Dans ce dernier cas, le congrès extraordinaire est convoqué dans les trente (30) jours et délibère sur ordre du jour précis.

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1 réponse

  1. Ibrahima Sene PIT/SENEGAL/CDS dit :

    En partage

    La Réforme des Institutions et la
    Problématique du « Parti Etat »
    De nos jours le « Parti –Etat », est souvent associé au cumul des fonctions de Président de la République et de Chef de parti, alors qu’en fait, il dérive du cumul des Fonctions de Chef de Parti et de Chef de l’Etat, qui définit la Politique de la Nation et nomme dans tous les emplois civils et militaires.
    En 1960, Senghor était Président de la République et non Chef de l’Etat, qui était exercé par Dia.
    Le « Parti- Etat » traduit la « nature » d’un Parti, qui exerce un monopole exclusif de l’accès aux emplois d’Etat, du fait du cumul des fonctions de Chef de Parti et de Chef de l’Etat.
    C’est ainsi que le fait que Dia, qui était le Chef du Parti UPS était en même temps le Chef de l’Etat, Parti au pouvoir, l’UPS, devenu PS aujourd’hui, s’est transformé en un « Parti- Etat » à travers lequel devait passer tout accès aux emplois .
    Le PS tirait ainsi sa puissance politique et son attractivité de cette situation de cumul de fonction de fonction de Chef de Parti et de Chef de l’Etat, et l’a perpétuée, après la chute de Dia, grâce au cumul de fonction de Président de la République, avec celle de Chef de l’Etat, et celle de Chef de Parti.
    Ce changement de régime constitutionnel qui a fait du Président de la République, le Chef de l’Etat, a créé les conditions d’avènement d’un régime de pouvoir personnel, autocratique, qui s’appuie sur son Parti pour se reproduire, en renforçant sa nature de « Parti-Etat ».
    Donc, faire croire que pour mettre fin au « Parti – Etat », il suffit d’interdire le cumul des fonctions de Président de la République et de Chef de Parti, est une aberration.
    La lutte contre le PS comme « Parti –Etat », a longtemps occulté la lutte contre le régime constitutionnel qui lui a donné cette nature.
    Mais cette lutte contre le PS, comme « Parti-Etat, avait commencé à créer des rapports de force politiques qui l’affaiblissaient progressivement, notamment depuis qu’il avait perdu le monopole exclusif de l’accès aux emplois de l‘Etat, suit à l’avènement du « Gouvernement de Majorité Présidentielle élargie » en 1991.
    C’est ainsi que depuis lors, pour accéder aux emplois de l‘Etat, la « carte du PS » n’était plus une obligation, ni n’était plus obligatoire de mettre sur pied un mouvement de soutien.
    Il n’était même plus obligatoire d’être « PS » pour diriger des Syndicats affiliés à la CNTS, ou pour être membre de son Bureau Confédéral.
    C’est dans ces conditions que, peu à peu, le PAI, devenu PIT, est parvenu à faire admettre au sein de l’opposition que la réforme de régime constitutionnel est une exigence incontournable pour dissocier les fonctions de Président de la Républiques et de Chef de l’Etat, dans un régime parlementaire, afin de mettre fin au « Pati-Etat ».
    Ce processus de remise en cause de la nature de « Parti- Etat » du PS, comme voie obligée d’accès aux emplois, l’a plongé dans une crise d’identité » et de repères dès 1996, lorsque Diouf, pour se conformer à la Constitution qui interdisait le cumul de la fonction de Président de la République et celle de Chef de Parti, avait nommé Tanor, comme Premier Secrétaire du PS.
    Cette crise « d’identité » et de repères du PS, comme « Parti-Etat » a engendré des batailles de positionnement interne jusqu’à entraîner le départ de Djibo Ka, puis de Moustapha Niasse ; ce qui a fortement contribué à la perte de Diouf du pouvoir en 2000, jetant brutalement le PS dans l’opposition.
    De parti qui tirait son attractivité et sa force du monopole exclusif de l’accès aux emplois de l’Etat, le PS dût sa survie d’aujourd’hui à son Premier Secrétaire entouré d’hommes, de femmes et de jeunes de conviction, qui a entamé, dans la douleur et au prix de nouveaux départs, la mue du PS de « Parti-Etat », en Parti réellement démocratique dans l’opposition.
    Mais, avec l’avènement de la première alternance démocratique en 2000, les espoirs de réforme constitutionnelle qui visait à dissocier la Fonction de Président de la République et celle de Chef de l’Etat, comme composante principale du programme de la CA 2000 qui a porté Wade au pouvoir, se sont très vite évanouis, devant son refus de rompre avec le régime de cumul des fonctions de Président de la République et celles de Chef de l’Etat, cumul, au quel il a ajouté la fonction de Chef de Parti dans sa nouvelle Constitution.
    Ce fut donc un retour au régime autocratique Senghorien de pouvoir personnel, accentué par un plus grand pouvoir de dissolution de l’Assemblée nationale après les deux premières années de législature.
    C’est ainsi que le PDS, à son tour, s’est transformé peu à peu en « Parti-Etat », en inaugurant l’ère de la « transhumance » de masse, » qui traduit les vestiges, dans la conscience de nombreux cadres sénégalais, des croyances qui accompagnent le « Parti-Etat » ; et qui veulent que l’on accède aux emplois de l’Etat et à l’impunité, qu’à travers le Parti au pouvoir.
    Mais, en dépit de tout cela, les rapports de force politique qui posaient, depuis 1991, la nécessité de coalitions larges et fortes pour gouverner dans la stabilité de façon durable, empêchaient le PDS à reconquérir le monopole exclusif de l’accès aux emplois, même si son Chef cumulait les fonctions de Chef de Parti, de Président de la République et de Chef de l’Etat.
    Cependant, puisque les mêmes causes produisent les mêmes effets, Wade a été incapable d’éviter que son Parti ne vit un syndrome similaire à celui que le PS a vécu à partir de 1996.
    L’impossibilité de faire émerger à ses côtés un « numéro 2 » pour le seconder dans la gestion du PDS, s’est traduite par le départ successif de Idrissa Seck et de Macky Sall, comme le PS connut les départs de Djibo Ka et Moustapha Niasse à partir de 1996.
    Comme pour Diouf, la succession de Wade au pouvoir s’est posée ainsi dramatiquement, et s’est exacerbée avec son projet de faire de son fils, son successeur.
    Le cumul, sous Wade, des fonctions de Président de la République avec celle de Chef de l’Etat et de Chef de Parti, a fait atteindre au « Parti-Etat », ses limites sociales, en devenant, par ses luttes fratricides au sein du Parti au pouvoir, le principal facteur de déstabilisation de l’Etat, et un repoussoir pour les populations.
    Ces luttes se sont exacerbées, lorsque ce régime autocratique de pouvoir personnel, dérivait vers une « monarchisation » certaine, en projetant d’instaler un régime de succession de « père en fils » au pouvoir.
    Tout cela a contribué à la perte du pouvoir par Wade en 2012, inaugurant une seconde alternance qui a ouvert de larges perspectives pour mettre fin au régime autocratique de pouvoir personnel, avec son corrolaire, le « Parti -Etat »
    Mais le retard pris dans la matérialisation de cette réforme, a créé peu à peu, les conditions de transformation de l’APR, en « Parti-Etat », vivant les mêmes contradictions internes qui ont miné le PS à partir de 1996, et le PDS dès 2002, et qui les ont conduit à leur perte du pouvoir.
    Pour éviter une telle issue, le Président Macky Sall a tout intérêt à s’inscrire totalement dans les propositions de réforme de la CNRI, qui, tout en gardant le cumul de la fonction de président de la République et de Chef de l’Etat, proposent, en contre- partie, de réduire ses pouvoirs de nomination dans les emplois civils et militaires, ses pouvoirs de dissolution de l’Assemblée nationale, et de restituer, au pouvoir judiciaire, toute son indépendance.
    Même, les propositions de la CNRI envisagent un cas de figure, où le Président de la République ne serait plus Chef de l’Etat en cas de perte de sa majorité à l’Assemblée nationale.
    Ces propositions créent des conditions qui rendent difficile, la transformation du Parti du Président de la République en « Parti-Etat », et facilitent le non cumul des Fonctions de président de la République et de Chef de Parti.
    C’est pour cette raison que la CNRI n’a pas proposé le non cumul des fonctions de Chef de Parti et de Président de la République pour le mandat en cours, mais pour l’avenir.

    C’est donc un « compromis institutionnel » que propose la CNRI, pour aménager une évolution en douceur vers une plus grande démocratisation des Institutions de la République.
    Ce qui est donc essentiel dans la réforme institutionnelle en cours, c’est de parvenir à réduire l’excessive concentration des pouvoirs entre les mains du Président de la République, Chef de l’Etat, pour baliser la voie à leur séparation dans le moyen terme.
    C’est la seule manière d’empêcher la transformation d’un Parti au pouvoir, en « Parti-Etat », et non tout juste l’interdiction du cumul de la fonction de Président de la République et celle de Chef de Parti.
    Ce qui est à la base de la crise de l’Etat sénégalais et de la nécessité de le réformer, ce n’est pas le cumul de la fonction de Président de la République avec celle de Chef de Parti, mais bien le cumul des fonctions de Président de la République et de Chef de l’Etat qui l’a engendré.
    C’est la continuité de ce cumul, depuis l’Indépendance jusqu’à nos jours, qui a donné le sentiment, que malgré les deux alternances démocratiques, rien de fondamental n’a changé dans la conduite des affaires de la Nation, et que l’on assiste à un éternel recommencement.
    Ne perdons donc pas l’essentiel pour l’accesseoire.
    Le « compromis institutionnel » proposé par la CNRI est la bouée de sauvetage la plus apte à résoudre la crise de l’Etat Sénégalais qui a atteint son paroxysme avec le régime hérité de Wade qui n’a pas fondamentalement changé depuis 2012.
    Ibrahima SENE PIT/SENEGAL/CDS
    Dakar le 10 Février 2016

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