Le chant du cygne
Shakespeare disait du Cygne qu’on reconnaît sa fin à ceci:«lorsqu’il sent sa fin proche, le cygne chante une dernière fois, et de la manière la plus merveilleuse qu’il n’ait jamais faite». Ce fut d’abord Farba Senghor, ensuite Cheikh Diallo le journaliste hagiographe et enfin le parrain lui-même à Bruxelles en promettant de mettre en place un grand parti-libéral et faisant de ce puant linge familial un débat national. Comme s’ils avaient besoin d’un référendum autour de l’avenir du parti, de leur parti-état, ils nous demandent de nous prononcer sur l’avenir de cet outil d’asservissement du peuple. De dire si oui ou non le Pds doit survivre à Wade, le père? Car ce n’est plus un secret que seuls les diplomates et l’entourage du président détiennent; la page Abdoulaye Wade au Sénégal est terminée. Et le vieux appréhende, maintenant, avec amertume sa fin qu’il sent proche. Il se savait condamner depuis presque trois ans, mais il pensait que le temps lui permettrait de régler le problème épineux de sa succession. Mais comme si la nature avait, elle aussi, décidé de se liguer contre ses plans, tout s’est précipité ces derniers temps. Sa santé déficiente est devenue bancale. Son regard inquisiteur est devenu fuyant et son sourire Banania s’est gravement métamorphosé. Il est devenu pensif et distant avec tout le monde, même avec ses petits enfants. Et le rire cynique, qui l’avait caractérisé lorsqu’il écoutait la bande sonore de l’agression du journaliste Boubacar Kambel Dieng par des policiers, l’a quitté. Dans son coin, il en veut à tout le monde. Aux Sénégalais d’être restés pendant longtemps allergique à sa personne et de vouloir aujourd’hui combattre son fils. À Barack Obama qui, en plus de le fuir comme un pestiféré en refusant de lui parler ne serait-ce qu’au téléphone, a adoubé le chef de l’Etat Ghanéen en le déclarant champion de la démocratie en Afrique. À son Créateur de lui avoir donné le pouvoir trop tard; au moment où ses camarades jouent au grand-père et bronzent au soleil étalés sur une chaise pliante. En dehors de Mickael Jackson, jamais un humain n’a dans l’histoire aussi vite réussi sa métamorphose. Du rang de Messie sauveur du Sénégal et prophète de l’africanisme, Wade est devenu un vieux monarque infréquentable et assoiffé de pouvoir. Il a tellement perdu de sa crédibilité qu’il a maintenant du mal à trouver une Université ou un groupe d’affairistes qui accepte de lui décerner, même contre le paiement de plusieurs millions, le titre d’Honoris Causas. En plus de son penchant pour les tapis rouges, il est, comme Al Capone, le parrain de jeunes mafieux cuirassés par l’appareil étatique. «Il est fini et nous sommes inquiets pour le pays», m’a dit de lui un de ses proches collaborateurs rencontré à Paris la semaine dernière. Et il y a de quoi ! Car la confrontation est inévitable. Fils du père, Karim ambitionne de s’asseoir sur le fauteuil du père. Pour ce projet, il a tout abandonné, s’est embrouillé avec tout le monde à cause des promesses non tenues d’octroi de marchés publics et bazardé les maigres ressources du pays pour se les approprier: le domaine national, les industries nationales etc. Comme Karim Meïssa, Idrissa Seck, Macky Sall, Samuel Sarr, Farba Senghor, Modou Diagne Fada avec son bec de lièvre, Souleymane Ndéné Ndiaye pour ne citer que ceux-là se sont tous servis du peuple. Et lorsque j’ai vu le PM recevoir la délégation des imams pour écouter leur doléance sur la Sénélec j’ai pleuré pour mon pays. Comme s’il venait d’une autre planète et ignorait ce qui se tramait à la Sénélec, Souleymane Ndéné après avoir écouté les imams a déclaré qu’il rendrait compte au chef de l’Etat sur le problème de l’électricité du Sénégal. De qui se moque-t-il? Au même titre qu’Abdoulaye Wade, leur chef, Souleymane Ndéné n’ignore rien de la mafia qui entoure l’Energie au Sénégal. C’est un acteur majeur, et un membre actif, de cette mafia dirigé par Samuel Sarr. «Que peut faire le peuple face à ces bandits de grands chemins?» m’ont dit de nombreux observateurs de la scène politico-mafieuse du Sénégal. A ceux-là, je dis ceci: «celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu».
Bacary Touré
kimikikiko@yahoo.fr
