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Les Etats-Unis, entre le «Rouge» et le «Bleu»

Les élections (présidentielles, sénatoriales) américaines du 6 Novembre 2012 mettaient aux prises deux visions (antinomiques) de ‘’l’Amérique’’.

Une vision Républicaine, nostalgique de la toute-puissance militaire d’une  Amérique d’hier qu’il faudra ressusciter, pour mieux  contenir les nouveaux enjeux géostratégiques d’aujourd’hui, notamment les évènements du 11 Septembre 2001, les nouvelles économies émergentes d’Asie, la crise de la dette en Europe et le reclassement économique de l’Afrique.

Une vision Démocrate  qui croit qu’il faut partir des enjeux d’aujourd’hui pour construire  l’Amérique de demain, plus stratège et plus pragmatique, pour sortir son épingle du jeu face à l’assaut de la Chine et de l’Inde comme 1ér puissance économique mondiale. Une Amérique plus tournée vers la conquête des parts de Marché qu’une Amérique belliqueuse et guerrière, plus tournée vers la conquête par  les batailles et l’espionnage

D’un coté, une Droite (Parti Républicain) qui est entrain de basculer très à droite- Droite extrémiste- avec un Tea Party «mouvement politique» qui a fini par radicaliser une bonne frange du Parti Républicain et irriter tous ses modérés (centristes). Un Parti Républicain soucieux de marquer nettement la suprématie et la domination de cette «Amérique blanche d’origine anglo-saxonne» sur  le reste d’une «Amérique Hispanique, Asiatique et Noire», comme au temps de la Guerre de sécession entre le Nord et le Sud.

De l’autre, une Gauche (Parti Démocrate) de plus en plus socialiste et progressiste, massifiée par les minorités visibles (Asiatiques, Noirs et Hispaniques) dont manifestement les préoccupations premières éminemment économiques, sont loin de cette  idée d’une Amérique superpuissance militaro-sécuritaire (la 2éme guerre mondiale et la guerre froide) et  politico-diplomatique (le Plan Marshall et le capitalisme triomphant), devant régenter la marche du monde d’une main de fer.

La ligne Maginot

Jusqu’en 2000, la ligne de démarcation  entre les visions, les programmes et les  politiques entre  Républicains et  Démocrates étaient comme les mailles d’un filet de pêche (fondamentalement, les deux camps sont d’accord sur le fait qu’il ne faut pas trop changer les choses). Mais, depuis l’avènement de Barack OBAMA (2008), il semble se dessiner une sorte de ligne Maginot entre une Droite de plus en plus conservatrice et radicale et une Gauche de plus en plus progressiste et interventionniste.

D’un côté, un fort électorat au Parti Républicain nourrit le rêve de restaurer une certaine grandeur hégémonique des USA sur la scène internationale, comme à l’époque de la  bipolarisation du monde  en pro-Est ou pro-Ouest. Selon la vision idéologique du  mouvement Tea Party, la Chine est la «nouvelle menace» des USA, après  la chute du  mur de Berlin et la fin de la guerre froide, faute de combattant (URSS). Au Parti Républicain, on croit dur comme fer que les USA doivent être, s’il le faut, sur le pied de guerre, pour régenter le nouvel ordre mondial. Bref, le retour d’une Amérique «rouge», comme la couleur du Parti Républicain.

D’un autre coté, la vision idéologique des stratèges du Parti Démocrate épouse l’idée que le temps de la guerre est derrière l’Amérique, que la guerre froide est un passé irrémédiablement dépassé. Le Parti Démocrate estime que les USA ne doivent plus se poser en s’opposant ni  contre l’Est (la Russie) ni contre le reste du monde, mais en coopérant dans une parfaite intelligence, avec  les pays émergents d’Asie, tout en gardant les meilleures relations possibles avec les pays de l’Union européenne et en ayant l’Afrique, dans son collimateur. Bref, la perspective d’une Amérique de demain, «bleu», comme la couleur du Parti Démocratique.

«America The Beautiful»

Comme l’immense musicien Ray Charles qui a fait découvrir l’Amérique à elle-même à travers ses mélodies «America the beautiful» ou «Georgia», le Peuple américain a choisi son camp: l’espoir. Le Basket-ball (la politique de la main tendue de Barack Obama) plutôt que le Base-ball (la politique du bâton prônée par Mitt Romney), la puissance d’un Etat  fédéral fort et interventionniste plutôt que l’utopie de la main invisible qui régulerait le Marché, une «Amérique généreuse, compatissante et tolérante» plutôt qu’une Amérique arrogante, belliqueuse et intolérante.

Le peuple américain a voté pour une répartition plus juste des richesses de la Nation plutôt que la fuite du billet vert  vers les paradis fiscaux; une relance de l’économie industrielle (automobile) plutôt que celle  de l’économie de guerre (militaire); une société plus solidaire (ObamaCare, droit à l’avortement,…) plutôt qu’une société basée sur de très fortes inégalités sociales nourries aux mamelles de l’éthique protestante; le trickle down (l’émergence d’une forte classe moyenne et économie de ruissellement) plutôt que le trickle up (enrichissement vers le haut et appauvrissement vers le bas).

Même Georges Bush, le Républicain et prédécesseur de  Barack à la Maison Blanche, aurait voté par inadvertance, pour  OBAMA, selon la presse américaine. Bref, l’Amérique, avec la réélection d’OBAMA, semble  inviter «le génie et la grandeur de son peuple», à aller de l’avant (forward)  pour concrétiser un projet de société  politique en  une société de projets économiques.  La voie royale pour concrétiser le «Yes we can» en  «Yes we did».

Mohamadou SY «Siré» / Journaliste-Economiste/ siresy@gmail.com

Casablanca, Maroc

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