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Sénégal : les études dans la jungle du privé

En 2008, l'enseignement supérieur privé présentait un chiffre d'affaires de 13,7 M. d'euros. © DOM

Profitant de la faillite de l’université, les instituts de toutes sortes se sont multipliés à Dakar ces dernières années, pour le meilleur et pour le pire. Les autorités sénégalaises comme les élèves sont dépassés par cette anarchie.

Pas facile, pour les étudiants sénégalais et leurs parents, de se retrouver dans la jungle des 140 établissements supérieurs privés que compte le pays. Parmi eux, une bonne cinquantaine se contentent d’encaisser les chèques. Et le flou juridique n’arrange rien : malgré un accord-cadre signé en 1995 entre les responsables de l’enseignement supérieur privé et l’État, aucune disposition législative ou réglementaire sur ce sujet n’est encore entrée en vigueur.

Résultat : certains élèves se retrouvent à étudier dans des appartements ou des garages transformés en école, des enseignants ne sont pas payés, des diplômes sont monnayés à la fin des études… D’autres étudiants sont abusés par le côté clinquant d’écoles installées dans des villas des quartiers d’affaires. « Elles ont pignon sur rue, font de la publicité à la télé… Et comme les frais d’inscription sont chers, certains pensent que ce sont forcément de bonnes écoles », dénonce Papa Saliou Sall, secrétaire général du Collectif de l’enseignement supérieur privé.

40% des étudiants seront inscrits dans le privé en 2015

Un exemple : Rama a étudié la gestion hôtelière dans un de ces instituts privés. Après sa licence, quand elle a voulu postuler en master dans une université privée agréée, elle a reçu une fin de non-recevoir. « On m’a dit que je ne pouvais pas avoir d’équivalence avec mon diplôme, alors que la direction de mon ancienne école nous avait assuré le contraire. » Pour s’inscrire en master, il aurait donc fallu que la jeune femme recommence sa licence. Elle a refusé, d’autant que ses parents avaient déjà déboursé 3 millions de F CFA (4 575 euros) pour ses études dans le privé.

Avec un chiffre d’affaires qui atteignait déjà 13,7 millions d’euros en 2008, l’enseignement supérieur privé est un marché en plein boom. Aujourd’hui, 30 % des étudiants sénégalais y sont inscrits. Ils seront 40 % d’ici à 2015, selon le ministère de l’Enseignement supérieur. La stabilité politique et économique, la faillite du système universitaire public (multiplication des grèves, surpopulation) et la nécessité de filières plus en phase avec le marché du travail (communication, marketing, banque, assurance…) ont contribué à ce boom.

Fraude académique

D’ailleurs, sur le bureau du directeur de l’Enseignement supérieur, Ababacar Gaye Fall, les piles de dossiers de demande d’autorisation d’ouverture s’accumulent : « Nous donnons des agréments provisoires aux écoles qui répondent à nos critères, mais après nous n’avons pas assez de personnel pour faire un suivi de manière automatique, avoue-t-il. C’est vrai que nous sommes confrontés à un gros problème de fraude académique, qui nécessite une plus grande surveillance. »

En attendant, c’est l’ensemble des instituts privés qui pâtit de l’absence de régulation. « Cette anarchie affecte notre image, nous empêche de parler d’une même voix et nous discrédite auprès des entreprises, qui peuvent être déçues après des recrutements », s’inquiète Mohamed Diouf, directeur de la communication de l’Institut technique de commerce (Itecom).

Face à ce fléau, un décret statuant sur les établissements privés a été signé en juillet. Enfin ! Il ne reste maintenant que les arrêtés à prendre pour que la réglementation soit complète. Et que le ministère de l’Enseignement supérieur puisse fermer les établissements frauduleux.

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